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André Dubreuil, l’absolu contraire du designer

 

André Dubreuil travaille dans l’atelier de la propriété familiale du Nord du Périgord, dans la région de Mareuil

Créateur de la célèbre chaise Spine, l’un des objets les plus connus du mobilier contemporain, André Dubreuil travaille dans l’atelier de la propriété familiale du Nord du Périgord, dans la région de Mareuil.  

D

ans son atelier périgourdin de Mareuil, André Dubreuil crée, à l’abri des regards, du mobilier contemporain destiné à une clientèle haut de gamme, cosmopolite et internationale. Son atelier ressemble à un véritable antre de Vulcain. On y trouve pèle-mêle, des objets hétéroclites, des barres de fer en attente de montage, des plaques de cuivre, ou d’acier. C’est dans cet univers, au sein de la propriété héritée de ses parents, que cet artiste artisan laisse libre cours à son imagination et à son inspiration créatrice, depuis près de vingt ans. L’homme est autodidacte. Sa renommée internationale, il l’a acquise en Angleterre. Né à Lyon en 1951, André Dubreuil décide de quitter à 18 ans le cocon familial bourgeois, pour Londres. Appartenant à la pop génération, il intègre la Inchbald School of design où il étudie le dessin. Il fait pas mal de rencontres et finit par décrocher un job dans une agence de décoration en pleine période « du gris, du beige, du noir et de l’acier brossé ». Puis quelques années plus tard, il ouvre un magasin d’antiquités, il découvre le néo-classique, réveille pour les Anglais, les styles Louis XVI et Empire. « Ce fut pour moi une période faste, où je reconnais avoir eu pas mal de chance. Et dans mon métier, il en faut » Pendant cette période anglaise, l’artiste découvre le trompe-l’œil et se met à créer. Sa notoriété va exploser avec le groupe Creative Salvage, atelier collectif où il travaille avec ses amis Tom Dixon et Mark Brazier Jones. En 1985, il fonde toujours à Londres sa première entreprise d’objets d’art. C’est là, qu’il va donner naissance à la célèbre chaise Spine, aux lignes épurées, toute de fil de fer torsadé. L’artiste en conserve aujourd’hui le goût du fer et de l’arabesque.

Attaché au Périgord

Après plus de vingt ans passés au Royaume-Uni et ayant acquis une reconnaissance, André Dubreuil décide de rentrer en France et de s’installer sur la propriété familiale du Nord Dordogne.
« J’aime cet endroit, au cœur de la campagne, entouré de bois et de champs de céréales. Mes parents avaient acheté cet ancien domaine à vocation agricole. Pour moi, il est le symbole de vacances heureuses. Je m’y sens bien. Avant d’ouvrir mon atelier à Mareuil en janvier 1992, j’ai souhaité avoir une vitrine au cœur de Paris, un lieu de passage cosmopolite ouvert sur le monde. Sinon, mon activité aurait été  vouée à l’échec. J’ai pu le faire, grâce à ma rencontre avec Gladys Mougin. Elle gère les relations commerciales. Nous avons une galerie rue de Lille dans le septième arrondissement. C’est là que j’expose toutes mes créations, » explique l’artiste. 

Dans son atelier, dans lequel travaillent six jeunes ouvriers, formés par les Compagnons, André Dubreuil travaille l’acier, le cuivre. Alchimiste, il tord toujours plus fort, cisèle, grave ses plaques de cuivre jusqu’à en faire une sorte de peau. Les consoles, appliques, bergères sont réinventées, chargées de fantaisie et d’évocation. Parmi ses nombreuses sources d’inspiration, La Chine, qu’il connaît bien et qu’il affectionne.
« J’aime cette civilisation, son histoire. Les Chinois sont des bons vivants, gastronomes, cultivés. Ils ont le goût des belles choses, » observe l’artisan. André Dubreuil travaille dans la plus pure tradition des orfèvres et des ornementistes. Il s’intéresse au décoratif fait main et à la pièce unique. Son talent raffiné en a fait depuis longtemps un créateur recherché, même si aujourd’hui, les temps sont plus difficiles. « Mon travail touche à l’univers du luxe. Je vends une part de rêve, un rêve qui n’est pas à la portée de toutes les bourses. Pour moi, la création d’une pièce est avant tout l’aboutissement d’une rencontre avec la personne qui a passé commande. Je vais tenter de comprendre son environnement, son mode de vie, ses goûts. Avec mes clients, je n’ai pas droit à l’erreur. Ma plus grande satisfaction est un commanditaire heureux. » Son travail est synonyme d’audace, de richesse, de magmas de matières colorées. 

L’artiste aime ajouter diverses patines et jouer de l’émail à volonté. Il incruste son mobilier de matériaux rares, laques orientales, nacres, cristaux. Fidèle à sa manie de la récupération et de la marqueterie, il accumule une foule de trouvailles prêtes à des assemblages futurs. Ses commodes, consoles, appliques ou buffets respirent un éclectisme précieux et savant transfigurant les styles Renaissance, XVIIIe et Art nouveau.

André Dubreuil travaille dans l’atelier de la propriété familiale du Nord du Périgord, dans la région de Mareuil. Une des créations d'André Dubreuil.

Extrait de Périgord Entreprendre 8 - Déc.-janv. 2012
Valérie Desfrançois

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